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dossier

‘Une nouvelle crise pourrait éclater du jour au lendemain’

Joris Luyendijk examine le secteur bancaire à la loupe

Joris Luyendijk examine le secteur bancaire à la loupe

La Banque Triodos aux Pays-Bas a interviewé Joris Luyendijk à l’occasion de la parution de son nouveau livre. Depuis le début de la crise financière en 2008, rien n’a réellement changé dans le secteur bancaire. Une nouvelle crise pourrait éclater du jour au lendemain. « Selon moi, ce n’est pas une affirmation controversée », déclare Joris Luyendijk.

Nous sommes tous impliqués dans le secteur financier, déclare ce journaliste néerlandais. « Nous pouvons initier des changements et choisir ce qu’il advient de notre argent. » Pour écrire son livre, Dit kan niet waar zijn, il s’est plongé, deux années durant, au cœur du secteur financier : la City de Londres.

« Autorités de surveillance, fonctionnaires, investisseurs : pratiquement tous mes interlocuteurs manifestent de grandes inquiétudes. Beaucoup de choses se sont certes produites depuis l’éclatement de la crise, comme l’instauration de lois et règles plus strictes pour les banques. Mais la cause plus profonde de la crise n’a pas été éradiquée. »

« Si nous estimons tous que les banques doivent se comporter de manière décente, nous devons tout simplement y veiller. Par la voie législative et par un durcissement du contrôle des autorités de surveillance. »

Joris Luyendijk

« Je fais parfois le parallèle avec les inondations catastrophiques de 1953 », poursuit Joris Luyendijk. « Si, à l’époque, on avait placé trois galets sur chaque digue de Zélande, aux Pays-Bas, pour éviter une nouvelle inondation, aurions-nous pu dire que l’on avait beaucoup progressé ? Les risques d’inondation ne s’en seraient pas trouvés amoindris. De réelles mesures étaient nécessaires, et elles ont débouché sur le Plan Delta. Pour éradiquer la cause plus profonde de la crise financière, nous avons également besoin d’un Plan Delta. »

Responsabilité

Selon Joris Luyendijk, la cause profonde de la crise réside dans le fait que les banquiers ont pris d’énormes risques, sans en assumer les conséquences quand les choses ont mal tourné. « Ces conséquences ont été imputées à la société et aux contribuables. Et ce sont eux qui ont été contraints de sauver les banques. »

Cette situation anormale perdure encore. Joris Luyendijk : « Les grandes banques internationales, notamment, ont tout intérêt à ce que le statu quo soit maintenu. Cela leur permet de se livrer à des activités lucratives – lisez : risquées. Leurs arrières sont assurés par le monde politique et la société. »

« Dans la City d’aujourd’hui, celui qui génère le bonus le plus élevé est le plus apprécié. Il existe une forte focalisation sur la maximisation du rendement financier à court terme. Par conséquent, les personnes prennent des risques considérables. Ils compromettent ainsi la pérennité de leur propre banque, et partant, la stabilité du secteur financier et de l’économie. »

Mettre fin à cette situation devrait constituer le cœur d’un plan Delta du secteur financier. Joris Luyendijk : « Cela signifie que les banquiers doivent assumer les conséquences des risques et que les banques prennent elles-mêmes ces risques. Cela les inciterait à adopter un comportement responsable. »

CV
Joris Luyendijk

Joris Luyendijk (1971) est journaliste et anthropologue. Il est notamment l’auteur de Het zijn net mensen (Ce sont précisément des hommes), un livre traitant du gouffre entre image et réalité au Moyen-Orient. Début 2015 est paru Dit kan niet waar zijn : un livre pour lequel il s’est plongé pendant deux années dans la City londonienne.

Colère

Bien que les banques portent une grande responsabilité, il est trop facile de leur imputer totalement la faute de la crise de 2008 et des risques actuels. Joris Luyendijk : « Suite à la parution de mon livre, j’ai donné de nombreuses conférences dans le pays. La salle est toujours comble et vibre souvent de colère à l’encontre de « ces banquiers par la faute de qui tout cela nous est arrivé ». Le fait que la société assume les conséquences du comportement des banques est précisément ce qui indigne de nombreux citoyens. Je comprends parfaitement cette colère, mais je pense que nous avons également notre part de responsabilité. Nous sommes tous impliqués et coresponsables dans un certain sens. »

En effet, pendant des années, nous avons voté pour des hommes politiques qui ont façonné le système financier à l’origine de la crise. « Un système qui n’a mis aucune entrave aux banques et leur a donné toute liberté de faire et laisser faire ce qu’elles voulaient », estime Joris Luyendijk. « Cela s’inscrivait dans l’état d’esprit néolibéral. Mais personne n’avait perçu les risques liés à cette marge de manœuvre accordée aux banquiers. »

La banque éthique

Outre le fait de voter intelligemment, nous pouvons faire d’autres choses pour parvenir à un secteur financier sain. Joris Luyendijk : « Par exemple, utiliser notre épargne de manière responsable. En faisant des choix responsables, on peut déterminer ce qu’il advient de notre argent. »

Joris Luyendijk est persuadé que faire des choix bancaires responsables peut contribuer à l’émergence d’un secteur financier sain et résilient. La voie démocratique est, au final, la seule capable de mener à un changement réel. Joris Luyendijk : « Il ne suffit pas d’utiliser son épargne de manière éthique. Cela ne provoquera pas de changement suffisant du système et c’est en outre élitiste. La majeure partie de la population n’utilise pas son argent de manière responsable. Cela ne changera, et ce n’est d’ailleurs pas nécessaire. Je trouve qu’il est particulièrement moraliste de dire que tout le monde doit faire des choix responsables. Si nous estimons tous que les banques doivent se comporter de manière décente, nous devons tout simplement y veiller. Par la voie législative et par un durcissement du contrôle des autorités de surveillance. »

Les épargnants non conscients – et il s’agit de la plupart des personnes – ont également droit à des banques sûres, estime Joris Luyendijk. « Tout le monde doit pouvoir partir du principe que le système financier est robuste et ne risque pas de s’effondrer à tout instant. »

« Il ne suffit pas d’utiliser son épargne de manière éthique. Cela ne provoquera pas de changement suffisant du système. »

Joris Luyendijk

Joris Luyendijk établit un parallèle avec l’achat d’une voiture. « Quand on se rend dans un show-room pour acheter une nouvelle voiture, on part du principe qu’elle n’explosera jamais en roulant. Même quand on achète le modèle sportif le plus rapide. On peut supposer que la voiture a été construite de manière solide et que ce travail a fait l’objet d’un contrôle. »

« Quelque chose de semblable s’applique aux produits bancaires. Quand on se rend dans une banque pour y ouvrir un compte d’épargne, on suppose que l’une et l’autre ne vont pas subitement exploser quelque temps plus tard. Pas même s’il s’agit d’un compte d’épargne au taux relativement élevé. J’estime que l’on doit pouvoir, dans un certain sens, avoir une confiance aveugle dans les législateurs et les autorités de surveillance. »

Source d’inspiration et confiance

Il n’empêche, il est judicieux de bien réfléchir à la question de savoir que faire de son argent, en particulier aussi longtemps que la sécurité du secteur financier ne sera pas acquise. Joris Luyendijk : « La façon de faire des banques éthiques, qui ne visent pas un rendement financier maximal à court terme, peut constituer une source d’inspiration. Elles montrent aux autres banques qu’il est possible d’agir autrement. Et elles montrent aux hommes politiques que des personnes – leurs clients – veulent ce changement. »

Mais pour l’heure, nous sommes toujours face à un secteur financier dans lequel rien n’a réellement changé depuis 2008. Joris Luyendijk : « Je suis néanmoins confiant en l’avenir. L’histoire montre que notre société peut faire bouger les choses de manière positive. Prenons l’exemple de l’abolition de l’esclavage ou encore l’instauration du suffrage universel. Il aura aussi fallu attendre longtemps, mais cela a finalement abouti. Pourquoi, dès lors, ne pourrions-nous pas parvenir à mettre en place un secteur financier sûr ? »

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Texte : Tobias Reijngoud
Photographie : Jelmer de Haas

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DEMEZ Robib Il y a 5 années

En effet, il va falloir muter “radical” sur le plan des technologies “vertes” et donc via un “green” business ou un secteur financier sain.