Ce site utilise des cookies. En continuant à naviguer sur le site, vous en acceptez l'utilisation. En savoir plus sur l’utilisation des cookies.

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close

rencontre

Une balise artistique en plein cœur d’Anderlecht

Teun Verbruggen construit Werkplaats Walter

Teun Verbruggen construit Werkplaats Walter

La modeste façade du bâtiment sis au 43-45 de la rue Van Lint ne trahit rien des plans ambitieux qu’il recèle. Pour l’heure, le batteur Teun Verbruggen et ses complices artistiques s’affairent encore à effacer les traces des habitants des décennies passées : les pigeons. D’ici deux ans, une salle de concert située sous la charpente et deux vastes étages accueilleront musiciens et artistes plasticiens. La créatrice de vitraux Laura Ten Zeldam et les artistes-peintres Willem Vermeersch, Claire Ducène et Rémi Kusters occupent déjà l’atelier du premier. Le mois prochain, un réparateur de vélos et deux restaurateurs de meubles viendront également s’installer dans les lieux.

Merci Bruxelles !

Le projet « vélo » est une formule éprouvée, mais pour le reste, ce qui relie les locataires, c’est l’expérimentation. Et c’est aussi le dada de Teun. « Les initiatives axées explicitement sur l’avant-garde et l’art expérimental sont très rares. Et c’est ce qui m’intéresse plus que tout. Avec Werkplaats Walter, nous souhaitons mettre en place une structure qui puisse accueillir ce type d’art : une maison, un lieu où des artistes peuvent travailler, exposer ou se produire, se rencontrer, réaliser des projets ensemble. » Lien Van Steendam, la compagne de Teun, s’occupe de la gestion commerciale et voit aussi Werkplaats Walter comme une « maison de quartier ». « Nous souhaitons que chacun se sente le bienvenu ici, que ce soit un lieu inclusif, ancré dans le quartier. Teun adore Bruxelles, ce qui a aussi joué dans ce projet. Il se passe plein de choses dans la capitale, mais les salles où déployer des initiatives se font de plus en plus rares.  Avant, il y avait davantage de clubs où les musiciens pouvaient se produire, davantage de salles subsidiées où il était plus facile d’entrer. Teun a voulu donner quelque chose en retour à la ville. Nous avons aussi opté délibérément pour une approche ouvertement bilingue. »

« Au niveau de l’exploitation également, nous devons diversifier nos revenus : à la location de la salle de concert s’ajoute la location d’appartements et d’ateliers. »

Teun Verbruggen

 

Diversification des revenus

La Banque Triodos a octroyé un crédit à Werkplaats Walter pour l’achat du bâtiment et une partie de la rénovation. Pour Teun, le choix de la Banque Triodos était une évidence. « Dès le début, Kurt Degrieck, notre banquier, a compris où je souhaitais en venir et a exprimé clairement que la culture est une priorité pour Triodos. C’est exactement la confiance que nous espérions obtenir d’un financier. Et cela fait toute la différence. » Les moyens financiers de Werkplaats Walter ne proviendront cependant pas uniquement de la Banque Triodos. « Nous étudions la possibilité de lever des fonds supplémentaires par le biais du financement participatif, des salons du mécénat comme Promethea, voire d’une émission d’actions », explique Teun. « Au niveau de l’exploitation également, nous devons diversifier nos revenus : à la location de la salle de concert s’ajoute la location d’appartements et d’ateliers. » « Il existe aussi des incitants financiers pour les organisations qui mettent des bâtiments en valeur et leur donnent une affectation socioculturelle », ajoute Lien. « Nous explorons toutes les possibilités. On ne peut pas compter exclusivement sur les subsides. »

 

Modes de financement pour le secteur culturel

Lisez notre dossier sur les modes de financement alternatif pour le secteur culturel dans le prochain numéro de notre magazine La Couleur de l’Argent (parution fin janvier).

 

Un paysage culturel en mouvement

« On assiste à un grand ‘boom’ de jeunes artistes, bien plus qu’il y a dix ans », observe Teun. « C’est, en effet, la première génération qui a pu faire le choix d’une vie d’artiste sans que tout l’entourage ne crie au scandale. Pour nous (Teun est né en 1975, ndlr), c’était déjà plus facile que pour la génération de nos parents, mais ce n’était pas une évidence pour autant. Aujourd’hui, les gens estiment qu’il est difficile de gagner sa vie, quel que soit le secteur, donc peu importe que l’on rame comme artiste ou comme juriste, architecte ou médecin généraliste. L’épanouissement artistique est devenu mainstream. On voit de plus en plus de très jeunes gens entrer au conservatoire. Souvent, ils n’ont pas encore terminé leurs études secondaires qu’ils entament déjà un parcours de qualification. »
Par ailleurs, la génération montante dispose de moins en moins de moyens. Dans un grand nombre de cas, le fonctionnement et l’immobilier absorbent une grande partie du budget des acteurs de la scène culturelle. « Avec Werkplaats Walter, nous entendons engager ces moyens plus directement au bénéfice des artistes. Avec tout le respect dû aux collaborateurs du secteur culturel, car souvent, ils travaillent d’arrache-pied et ce n’est pas de leur faute si le système est bancal. Ils dépendent des programmateurs qui sont à leur tour les esclaves de la billetterie. Si on a moins de subsides, il faut davantage de fonds propres, donc les gestionnaires commerciaux des maisons de culture doivent s’efforcer de remplir leurs salles. La programmation n’est plus un choix du cœur. Aujourd’hui, je peux dire aux musiciens et aux artistes : “Voilà, ce trimestre, la salle est à vous. Programmez donc ce qui vous plaît.” En quelque sorte, nos artistes deviennent des espèces de commissaires temporaires. »

 

Inspiration et transpiration pour toutes les générations

waltervoordkvg

Photo Alex Deforce

La nouvelle génération d’artistes devra travailler aussi dur que la précédente. « C’est déjà un grand privilège de pouvoir réaliser notre projet », estime Teun. « Je me le répète souvent pour éviter de sombrer dans l’immobilisme. Si je veux continuer à travailler d’une manière qui me satisfasse, je ne peux pas me reposer sur mes lauriers. Il ne faut pas se laisser gagner par le sentiment que tout est acquis. En tant qu’artistes, nous avons aussi la responsabilité de rendre quelque chose de positif au monde. J’éprouve ce même sentiment à l’égard de la nouvelle génération. Elle me tend un miroir et m’incite à rester en éveil. Je me lance avec la même énergie dans des projets impliquant des étudiants que des grands noms du secteur. »
« C’est ce qui fait la force de Teun », observe Lien. « Il trouve toujours l’équilibre entre les projets dans lesquels il s’engage de tout son cœur et les projets qui requièrent de travailler en équipe et de faire des compromis. Les uns rendent les autres d’autant plus précieux. » C’est aussi le message qu’il souhaite donner aux jeunes artistes : « Il ne faut jamais arrêter de chercher et de pratiquer l’introspection ! Il faut regarder ce qui se passe autour de soi, se demander pourquoi, et assumer la responsabilité de ces événements. Pensez à la frustration qu’éprouvent de nombreuses personnes parce qu’elles ne reçoivent pas de subsides. C’est très gênant, et je comprends leur frustration, mais les subsides ne sont pas un droit fondamental. Ils sont une chance dont on bénéficie peut-être un jour si l’on a un bon dossier. Cela vaut tout aussi bien pour moi. Ainsi, j’ai heureusement obtenu des subsides pour un dossier que j’ai introduit récemment, mais je n’ai pas reçu l’intégralité du montant que j’avais demandé. Dans son rapport, la commission compétente a justifié sa décision. Leur argumentation était fondée et sans faille, ils avaient donc raison. Dans une telle situation, il faut accepter ce qui vous arrive et se demander comment faire mieux la prochaine fois. C’est comme ça qu’on progresse. »

 

« Teun adore Bruxelles, ce qui a aussi joué dans ce projet. Il a voulu donner quelque chose en retour à la ville. Nous avons aussi opté délibérément pour une approche ouvertement bilingue. »

Lien Van Steendam

 

Un label de qualité

Où le couple voit-il Werkplaats Walter dans dix ans ? « L’expression artistique est pour moi la priorité absolue », répond Teun. « J’espère que Walter sera reconnu comme un endroit qui produit un travail de qualité. Que les gens viendront chez nous pour les projets qui y naissent et parce qu’ils peuvent y voir les artistes au travail. Je rêve d’une publication annuelle faisant un tour d’horizon de ce que nous avons réalisé, de l’intérêt international dont nous avons bénéficié et des initiatives que nous avons inspirées. Je rêve de faire de Walter un label de qualité. Sans prétention aucune et sans vouloir me mêler de tout. Je n’ai pas une idée bien précise de ce que deviendra Walter, sauf que ce sera de l’expérimental, un aspect très important à mes yeux. La forme concrète que revêtira cette initiative dépendra des musiciens et des artistes que nous hébergeons, et la reconnaissance est entre les mains du public. Mon rêve le plus fou est d’être l’instigateur d’un nouveau mouvement qui verrait le jour à Bruxelles. »

Que pensez-vous de "Une balise artistique en plein cœur d’Anderlecht"?

Veuillez écrire un commentaire.

Veuillez introduire votre nom.

Jeannine Walschot Il y a 9 mois

IK zeg BRAVO

Anne-Marie Vanden Bosch Il y a 9 mois

Très chouette projet! Cela fait du bien à l’image de ma Commune!

L'art et l'argent : quelles sources de financement pour la culture ? Il y a 2 mois

[…] C’est un exemple intéressant sous plusieurs aspects. En effet, grâce à cet ancien entrepôt, aujourd’hui désaffecté mais suffisamment grand et disposé sur trois étages, le musicien offre un espace inclusif de choix aux artistes ainsi qu’aux habitants du quartier, en proposant une série d’ateliers, de concerts et expositions. Enfin, en y incluant aussi des appartements, Teun s’assure un revenu fixe grâce aux différents loyers qui complètent les revenus que génèrent les événements. L’ensemble résulte dans un plan financier viable. (Découvrez son parcours ici) […]