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L’art et l’argent

Quelles sources de financement pour les entrepreneurs culturels ?

Quelles sources de financement pour les entrepreneurs culturels ?

De Rubens à Emily Brontë, en passant par Ingmar Bergman et Anne Teresa de Keersmaeker : malgré tout le talent qu’on leur reconnaît, les artistes dépendent toujours de la présence et l’intérêt du public. Certes la chance peut aider, mais elle ne suffit pas.

Depuis toujours, les artistes sont à la recherche d’un soutien ou d’une protection pour acheter leur pain quotidien. Aujourd’hui un beau dossier laisse espérer que des subsides arriveront un jour. Mais pour combien de temps encore ? La constante diminution des subventions n’épargne pas le secteur culturel. Néanmoins, pour certains la culture est un besoin vital. Qui ne prend pas du plaisir avec un film, un livre, une exposition ou un spectacle ? Est-ce que nos vies ne seraient pas un peu ternes sans les créations des artistes ? Comme le dit l’auteur et acteur hollandais, Ramsey Nasr, « L’art surplombe un monde qui n’a jamais existé et qui sera toujours possible. » Il nous rappelle à quel point la force créatrice de l’homme est puissante et nous invite même à penser l’art comme l’opposition nécessaire aux exigences de rentabilité et utilité.

À la Banque Triodos, nous pensons que l’épanouissement par les arts et la culture est non seulement un droit fondamental mais également un des chemins à prendre pour améliorer la qualité de la vie. Enfin, le secteur culturel emploie également des milliers de personnes. C’est pourquoi nous finançons des projets culturels, nous préfinançons des subsides à venir ou nous offrons des crédits hypothécaires pour l’achat de matériel spécifique ou d’un bien immobilier. Pour ce faire, nous invitons les artistes et les porteurs de projets culturels à venir nous rencontrer.

Mais le soutien de l’État et les crédits bancaires ne sont pas la seule réponse aux questions d’argent. La palette des possibilités est bien plus large et le manque de ressources stimule peut-être encore plus la créativité. Avec une bonne dose de proactivité, l’intéressé peut trouver de nouvelles sources de financement.

« Pour répondre à une demande de financement, il faut d’abord savoir de quel type de projet il s’agit. »

Béatrice Gilmont, Senior Relationship Manager

Définir et diversifier

Les mots clé sont donc définir et diversifier. « Pour répondre à vos besoins financiers, il faut d’abord précisément connaître d’une part, le type de projet que vous souhaitez voir financé et d’autre part, son stade de développement et ses besoins spécifiques. » Béatrice Gilmont, Senior Relationship Manager à la Banque Triodos.

Les besoins financiers peuvent être très variés en fonction du sous-secteur et de la phase du projet : de la salle de répétition, au matériel de dernière génération en passant par le personnel artistique ou administratif, tous ces éléments nécessitent une approche différente. Le projet est-il sur le point d’être lancé ou plutôt en plein développement ? Est-ce qu’à la base se trouvent des pionniers expérimentés ou des novices dans le domaine ?

Il en va de même pour le potentiel investisseur privé : celui-ci sera plus à l’aise dans une situation plutôt qu’une autre. Certains se spécialisent en une discipline en particulier, d’autres préfèrent soutenir des étoiles montantes. L’avantage c’est que, de cette manière, l’artiste peut espérer de trouver un financement adapté à son projet spécifique. Diversifier les sources de financement permet à l’artiste ou à l’organisation culturelle de préserver son indépendance financière et donc artistique. Mais quelles sont les possibilités de financement qui s’offrent aux entrepreneurs culturels ? Nous reprenons ci-dessous quelques alternatives parlantes, en commençant par les sources de financement les plus classiques.

 

L’État et les subventions

Les subventions ont été pendant de longues années les sources de financement les plus populaires parmi les porteurs de projets. Or, celles-ci sont aujourd’hui de plus en plus difficiles d’accès. En Fédération Wallonie-Bruxelles, par exemple, la culture représente 6 % du budget total de l’année 2015. Soit 596 millions d’euros sur les 9,8 milliards d’euros à disposition. Concrètement, l’apport financier de l’Administration Générale de la Culture couvre les besoins de certains sous-secteurs : les arts de la scène, les lettres et livre, les arts plastiques et le patrimoine culturel, la jeunesse et l’éducation permanente, les centres culturels ainsi que les affaires générales. Tandis que d’autres matières culturelles sont gérées actuellement par le Secrétariat général ou par l’Administration générale de l’Enseignement : comme les dépenses en matière de promotion de la langue et la culture française, des dépenses en infrastructures culturelles, de l’enseignement artistique ainsi que des instituts supérieurs d’architecture. En d’autres mots, le secteur culturel est loin d’être délaissé par les subventions publiques mais si d’un côté les disponibilités sont limitées et les exigences accrues, de l’autre côté, les acteurs du secteur sont aussi confrontés à une concurrence accrue.

Au nord du pays la situation n’est pas évidente non plus. Certes, le ministre flamand de la Culture, Sven Gatz, a décidé d’augmenter l’enveloppe budgétaire du cycle de subsides pour 2017-2021 (après des économies de 7,5 % faites en 2014) mais de repartir celle-ci entre moins d’institutions culturelles et artistes qu’au cycle précédent. Ceci pour éviter la fragmentation du paysage culturel, au détriment des plus petits acteurs qui doivent donc se contenter de moins, voir se passer, de subsides. Avec le risque que, pour chaque discipline artistique, un nombre réduit d’artistes et institutions culturelles finit par dominer la scène, les artistes émergeants voient le plafond de verre monter d’un étage et l’offre culturelle se réduit. En Flandres, le budget alloué à la culture pour 2017-2021 représente 142 millions d’euros par an. (Ce montant n’est pas comparable avec celui de la Fédération Wallonie Bruxelles car ici la portée est bien plus réduite.) Au cours du prochain cycle de subsides, 207 organisations culturelles pourront bénéficier d’un soutien structurel. Parmi celles-ci il y a seulement 13 nouveaux entrants.

 

Les entreprises et le mécénat

En Belgique, l’association sans but lucratif Prométhéa est la principale référence en matière de mécénat d’entreprise, avec presque 90 entreprises membres. Elle a pour mission de développer le mécénat d’entreprise dans le domaine de la culture et du patrimoine. Son activité se penche donc à la fois sur la professionnalisation des institutions culturelles, l’accompagnement des entreprises dans leur stratégie de mécénat et l’amélioration du cadre juridique et fiscal du mécénat en Belgique. Bref, un réseau incontournable où porteurs de projets artistiques et dirigeants d’entreprises peuvent participer à plusieurs types d’ateliers et formations. Catherine Guisset, du Service Culture de Prométhéa explique : « Le mécénat peut prendre différentes formes : on parle de mécénat financier quand il s’agit d’argent et de mécénat en nature quand l’entreprise apporte son soutien par des produits, des compétences ou des services. » Par exemple, en mettant à disposition de l’institution culturelle, les services du comptable ou du juriste de l’entreprise. Ou encore, en offrant des pots de peinture ou du mobilier design. « Une autre distinction non négligeable concerne la différence entre le sponsoring et le mécénat : un sponsor exige un retour en contrepartie de son apport, le mécène pas. » D’après la dernière enquête menée par Ipsos et Prométhéa (en 2011) : 74 % des entreprises soutiennent un projet d’intérêt général, dont 3 sur 4 par un apport financier. Au total, les entreprises ayant participé à l’enquête consacraient 274 millions d’euros en apport financier et 140 millions en nature.

 

La participation du grand public

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Pour financer la réouverture du Cinéma Caméo, Les Grignoux ont émis des obligations d’une durée de 10 ans avec un taux d’intérêt de 1%.

La philanthropie prend aujourd’hui une toute nouvelle forme avec les appels à financement participatif multipliés par internet. Le crouwdfunding et le crowdlending deviennent de plus en plus populaires au sein des citoyens les plus engagés et parfois les donateurs individuels issus du grand public peuvent se révéler bien plus généreux qu’on ne le pense.

C’est ce qu’a découvert l’asbl Les Grignoux, une entreprise culturelle d’économie sociale qui gère huit salles de cinéma ainsi qu’un café-galerie et une brasserie à Liège. L’association offre une programmation de cinéma alternative et diversifiée mais accessible à tout âge et tout revenu. Grâce à ses trois sites, l’asbl accueille environ mille quatre cents personnes par jour, toutes activités confondues. En 2015, après 40 ans d’existence, les Grignoux décident de développer davantage leurs activités et de faire revivre le cinéma Caméo à Namur. Pour le financement de l’équipement de la structure, ils lancent une émission d’obligations : pour la somme de 100 euros, le grand public est invité à acheter une ou plusieurs obligations d’une durée de 10 ans avec un taux d’intérêt de 1%.

D’où vient l’idée de ce placement financier porteur de sens ? « Nous avons découvert la possibilité pendant un festival organisé par le Réseau Financité avec un atelier atour de l’utilisation de l’épargne public, destiné spécifiquement aux coopératives et asbl. Le hasard veut que cet atelier soit arrivé au moment où nous élaborions le plan financier de notre projet à Namur.» affirme Benoît Thimister, Administrateur et Responsable financier. « En quatre mois, nous avons récolté 650.000 euros grâce à 1000 souscripteurs, soit exactement la somme nécessaire au développement du projet. Mais ce qui a dépassé toutes nos attentes c’est clairement l’engouement des personnes : à la fois en interne, grâce à la mobilisation intense de tous nos collaborateurs, et en externe, où public et partenaires se sont pris au jeu. »

 

« Pour savoir quel financement correspond le mieux au projet, les artistes et entrepreneurs culturels peuvent demander l’avis de différentes organisations, notamment chez SMart et Kunstenloket. »

Kurt Degrieck, Senior Relationship Manager

 

Les banques et les crédits

Werkplaats Walter (c) Alex Deforce

Les banques ont un rôle important à jouer dans le secteur culturel. En particulier, pour la constitution d’une trésorerie, le préfinancement de subsides ou pour l’achat de matériel spécifique ou d’un bien immobilier. Puisque les revenus du secteur culturel ne sont pas toujours prévisibles, la propriété des lieux procurant une base financière plus stable au projet, elle constitue un élément rassurant à la fois pour l’artiste et pour le banquier.

La Banque Triodos appuie la formation d’espaces de travail collectifs : que ce soit pour un auteur qui a besoin d’un lieu calme pour écrire ou pour un musicien qui a besoin d’un endroit pour répéter, l’atelier est un besoin commun à beaucoup d’artistes. Pour n’en citer qu’un seul, Werkplaats Walter est un atelier d’art expérimental qui verra bientôt le jour en plein cœur d’Anderlecht, sous l’impulsion du batteur Teun Verbruggen.

C’est un exemple intéressant sous plusieurs aspects. En effet, grâce à cet ancien entrepôt, aujourd’hui désaffecté mais suffisamment grand et disposé sur trois étages, le musicien offre un espace inclusif de choix aux artistes ainsi qu’aux habitants du quartier, en proposant une série d’ateliers, de concerts et expositions. Enfin, en y incluant aussi des appartements, Teun s’assure un revenu fixe grâce aux différents loyers qui complètent les revenus que génèrent les événements. L’ensemble résulte dans un plan financier viable. (Découvrez son parcours ici)

 

Les fonds d’investissement

Les fonds d’investissements sont limités en nombre dans le secteur culturel en Belgique et ne sont pas très connus. Pourtant, St’art est un fonds d’investissement dédié aux petites et moyennes entreprises créatives et culturelles. Créé à l’initiative de la Région Wallone et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le fonds intervient depuis 2009 par voie de prêts et de prises de participations dans le capital des sociétés mais limite son intervention à 50 % du besoin de financement de l’entreprise. Aujourd’hui, les actionnaires du fonds sont la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région Wallonne et Finance.Brussels. Le fonds dispose d’un capital de 17 millions d’euros dont 9 millions ont déjà été injectés auprès de 43 entreprises créatives (chiffres au 30/06/2016) : des jeux vidéo, au mobilier design, en passant par la troupe théâtrale, le champ d’action est très large.

Virginie Civrais, Directrice Générale de St’art partage avec nous quelques conseils pour convaincre un investisseur : « Bien entendu, une vision réaliste sur les besoins financiers et l’avenir du projet aide beaucoup mais le porteur de projet peut faire toute la différence. Une personne vraiment engagée, qualifiée et avec des bonnes capacités de négociation aura certainement plus d’impact auprès d’un potentiel investisseur. » Et encore, « Un bon dossier de demande de financement doit être concret sur le plan financier, doit pouvoir valoriser la société pour une éventuelle prise de participation et doit savoir mesurer l’impact social du projet. » Il est donc fondamental d’inclure dans le dossier un business plan, un plan financier et la démonstration claire et précise de la capacité à respecter les obligations financières (solvabilité, rentabilité et liquidités du projet). Du côté flamand, la Participatiemaatschappij Vlaanderen investit dans l’industrie culturelle et créative via le fonds Cultuur Invest. A la fin de l’année 2016, le fonds annonçait un montant de 11,5 millions d’euros investis en prêts et participations.

 

Revenus propres

Théâtre Le Public – Restaurant

Évidemment, les revenus propres constituent la base la plus sure. Certes, cela demande une logique commerciale parfois difficile à appliquer dans des projets culturels ou créatifs. Pourtant, développer des recettes propres permet d’assurer une autonomie et une liberté indiscutables. Le Théâtre Le Public en fournit un bel exemple. Né en 1994 à Bruxelles à l’initiative de Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen avec la volonté de faire un théâtre de création populaire, accessible au plus grand nombre, à travers des œuvres contemporaines et des textes de répertoire, en compagnie d’artistes affirmés et talents émergents. Le projet est audacieux à tous niveaux car son histoire a commencé par des fonds propres. Aujourd’hui le budget affiche une bonne santé : pour la saison 2014-2015, le théâtre comptait sur ses propres recettes à hauteur de 57%, soit 2.772.092 euros sur les 4.851.654 euros de budget total. Une proportion impressionnante quand on sait que la plupart des théâtres affichent une proportion moyenne  de 30% de recettes propres contre 70 % de subventions. Une tendance qui en plus se confirme de saison en saison : grâce à aux recettes générées par la billetterie, les dons des « Amis », les contributions des entreprises et enfin l’apport du restaurant. Ce modèle n’est pas aisément  reproductible par tout un chacun mais pouvoir compter sur des sources de financement différentes avec une large part de recettes propres constitue un gage d’avenir.

 

La diversification des sources de financement est donc le point de départ. A travers les subsides, les gouvernements jouent un rôle crucial dans la reconnaissance de l’art et la culture comme droit fondamental et richesse nécessaire pour la société. Ceci dit, c’est aussi aux artistes et entrepreneurs culturels de repenser leur mode de fonctionnement et financement.

 

Culture & Argent
16/03/2017 à Charleroi

La Banque Triodos, Prométhéa et St’art organisent un cycle de conférences sur les diverses sources de financement dans le secteur culturel. Assistez à une présentation des outils de financement alternatifs, écoutez les témoignages d’entrepreneurs culturels et rencontrez ceux qui pourront vous aider dans votre recherche de financement.

Inscription gratuite sur start-invest.be

 

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