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Rencontre

Les ODD – Programme pour un monde durable

Peter Wollaert et David Leyssens nous expliquent les Objectifs de développement durable

Peter Wollaert et David Leyssens nous expliquent les Objectifs de développement durable

Fin septembre, les 193 États membres de l’ONU ont approuvé les Objectifs de développement durable (ODD). Ce nouvel ensemble de 17 objectifs universels à atteindre d’ici à 2030 prend le relais des Objectifs du Millénaire qui sont arrivés à échéance fin 2015. Peter Wollaert (CIFAL Flanders) et David Leyssens (The Shift) nous expliquent ces nouveaux objectifs pour un monde durable.

 texte & photos Lisa Develtere

Programme pour un monde durable

 

Peter Wollaert est Managing Director de CIFAL Flanders, un centre de formation lié à UNITAR, l’institution de formation et de recherche des Nations Unies. David Leyssens est le Co-Executive Officer de The Shift, le nouveau réseau belge du développement durable né de la fusion entre KAURI et Business & Society Belgium. Peter Wollaert et David Leyssens vont contribuer à la réalisation des ODD au travers leur organisation respective.

En quoi consistent précisément les Objectifs de développement durable ?

Peter Wollaert : « Les ODD forment un programme politique mondial pour renforcer le développement durable durant les quinze prochaines années. Ils créent un cadre pour élaborer des politiques qui relèvent les défis actuels et ceux qui attendront le monde en 2050 lorsqu’il y aura 2 milliards de terriens en plus. C’est la première fois qu’un programme si large est approuvé par tous les États membres de l’ONU. »

Quelle est la différence avec les huit Objectifs du Millénaire de 2000 ?

David Leyssens : « Les 17 ODD sont bien plus ambitieux que les Objectifs du Millénaire, car ils comprennent bien davantage qu’un programme de développement. Les objectifs environnementaux sont plus élaborés et de nombreux éléments concernent au premier chef le monde des entreprises. »
Peter Wollaert : « Les ODD sont en premier lieu un programme d’action pour les Nations, mais les pouvoirs locaux seront également mobilisés pour rendre ce programme réalisable. C’est tout nouveau. »

Besoin de deux fronts

 

Vous donnez régulièrement des formations sur les ODD. Il y a 17 objectifs et 169 cibles. N’est-ce pas complexe à expliquer ?

Peter Wollaert : « Le programme n’est, en fait, pas compliqué. On peut répartir les objectifs en cinq grands thèmes, les cinq P. Les trois premiers P sont assez connus : people, planet et profit – en l’occurrence, ici, prosperity. Ils sont complétés par peace et partnership. Sur la base de ces cinq P, on peut très clairement expliquer le programme. »

Comment les pouvoirs locaux peuvent-ils mettre en œuvre un programme mondial comme celui-là ?

Peter Wollaert : « Le programme contient des objectifs concrets et le défi est de les traduire en politiques locales. Presque toutes les villes et communes ont unSDG-3 programme à portée internationale, par exemple en tant que commune du commerce équitable ou via des jumelages. Elles ont également un programme social, réalisé via les CPAS, et une politique environnementale, par exemple pour les villes neutres en carbone. L’objectif 4 parle d’un enseignement de haute qualité pour tout le monde. À Anvers, 23% des jeunes de 18 ans quittent l’enseignement secondaire sans diplôme. L’échevin de l’enseignement d’Anvers sait donc ce qui l’attend. La question est de savoir si les responsables politiques seront prêts à examiner le programme ODD et de dire : ‘Nous allons maintenant le mettre en œuvre.’ Via CIFAL, nous allons essayer de faire en sorte que les responsables politiques connaissent le programme dans le contexte des prochaines élections communales et prennent position à ce sujet. En tant que pays de PME, nous sommes très dépendants de la configuration locale. Simultanément, beaucoup de PME sont occupées à s’internationaliser. Si les décideurs politiques locaux intègrent tous les ODD à leur politique, cela peut conférer une certaine sécurité juridique aux entreprises. Les ODD sont une mine d’or pour les responsables politiques locaux : il s’agit d’un seul programme, mais si large que tout le monde peut y trouver un lien avec sa politique ou ses points de vue. »

Comment une organisation peut-elle commencer à mettre en œuvre ce programme ?

David Leyssens : « Je pense qu’il y a une différence importante entre la manière dont les pouvoirs publics et les entreprises doivent aborder le programme. Pour les pouvoirs publics, c’est assez clair. La Fondation Bertelsmann a récemment réalisé une étude comparative d’où il ressort que la Belgique s’en sort bien dans les thèmes sociaux. Ses grands défis se situent au niveau de l’énergie et de l’eau. Il faut donc y travailler. Pour les entreprises individuelles, il est important de fixer des priorités et de regarder sur quels éléments elles ont le plus d’impact. Pour une société active dans l’énergie, l’objectif 7 ‘un approvisionnement énergétique durable et abordable’ est plus pertinent que l’objectif 2 ‘éradiquer la faim’. »
Peter Wollaert : « Tout le monde peut utiliser le programme en interne, comme une sorte de miroir, pour regarder où il se situe sur le plan de thèmes de durabilité comme l’égalité homme-femme ou l’énergie. On peut également aborder les objectifs de l’extérieur : en fonction de votre cœur de métier et de l’impact sur la société. Vous avez toujours besoin de travailler sur deux fronts. D’un côté, vous devez bien savoir où se situe votre plus gros impact négatif potentiel sur la société. C’est le point d’attention principal. Dans le meilleur des cas, vous pouvez le transformer en impact positif. D’un autre côté, vous devez cueillir les fruits à votre portée : un objectif dans le cadre des ODD que vous pouvez atteindre à court terme. Cela peut avoir un effet très stimulant. »
David Leyssens : « Pour beaucoup d’entreprises qui ont assisté à nos ateliers, ce fut une agréable surprise de voir le nombre de liens qui peuvent être faits avec un modèle d’affaires. L’objectif de développement durable n’est, par exemple, pas formulé comme un objectif idéologique, mais plutôt sous un angle économique. »

 

« J’éspère qu’il y aura parallèlement davantage d’initiatives comme l’action pour le climat pour faire bouger les gouvernements sur le plan juridique. Les citoyens affirment que les pouvoirs publics doivent atteindre les objectifs qu’ils ont signés sur la scène internationale. »

Peter Wollaert

Créer de la sécurité juridique

 

Y a-t-il une différence en matière de responsabilités en fonction de la taille ou de l’impact d’une organisation ? Une PME peut-elle et doit-elle faire autant qu’une multinationale ?

David Leyssens : « Nous constatons que les grandes entreprises disposent souvent de davantage de systèmes pour mettre en œuvre les ODD. Beaucoup de PME ont du mal à comprendre ce qu’elles peuvent initier dans le cadre de ces Objectifs. D’autre part, on voit que les petites entreprises ancrent plus facilement la durabilité dans leurs stratégies que les grandes entreprises. Elles obtiendront plus rapidement un engagement à long terme de la part de leur direction générale en matière de développement durable et pourront plus vite établir des liens avec l’innovation et le changement radical. »
Peter Wollaert : « Le leadership joue un rôle important à ce niveau. Au sein des entreprises familiales en particulier, la vision et l’implication de la famille sont très importantes. Si leur vision est bien ancrée dans la société en général, elles trouveront rapidement leur chemin parmi les ODD. »

Un et indivisible

 

Est-il aussi difficile d’impliquer une asbl qu’une entreprise ordinaire dans les ODD ?

David Leyssens : « Nous remarquons au sein du réseau The Shift que c’est un réel défi de faire adhérer le monde de l’entreprise à un tel ensemble d’objectifs. Beaucoup d’organisations actives dans le développement Nord-Sud et les classes moyennes ont travaillé ces dernières années autour des Objectifs du Millénaire. Pour les entreprises, lier leurs efforts de durabilité à un programme mondial avec des objectifs d’ici à 2030 est tout à fait nouveau. Souvent, les entreprises n’ont aucun programme de durabilité. Dans ce cas, l’effort est encore plus difficile. »
Peter Wollaert : « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce que dit David. Ce programme est, tout comme le programme des droits de l’homme, un et indivisible. Vous ne pouvez pas en extraire un seul élément et dire : ‘Je trouve ceci intéressant, mais pas cela.’ En ce sens, il s’agit d’un programme qui met la société civile particulièrement au défi, car il signifie que nous devons aborder les choses de façon plus transversale sur le plan de la durabilité. Je pense que la tâche est plus facile pour les entreprises que pour les ONG, qui sont organisées par thème. Nos syndicats devront être prêts à faire preuve d’ouverture et l’organisation environnementale devra examiner comment elle peut également faire la différence au niveau social. Beaucoup d’initiatives vertes sont actuellement asociales. Ce sont surtout les classes moyennes qui peuvent se permettre d’installer un panneau solaire sur leur toit, pas les gens qui habitent dans des logements sociaux. À l’inverse, les mesures sociales ne sont pas toujours écologiques. Nous voyons, par exemple, régulièrement des entreprises où, à la demande des syndicats, une voiture de société est incluse dans le package salarial. »

« Faire du lobbying sur des thèmes environnementaux n’est pas évident pour une entreprise, mais je m’attends à ce que cela se produise de plus en plus.»

David Leyssens

 

Les ODD sont-ils suffisamment contraignants ?

Peter Wollaert : « Le fait que l’accord ne soit pas contraignant d’un point de vue juridique n’en réduit pas forcément la portée. L’ONU attend des plans d’action nationaux et les progrès seront évalués chaque année. De plus, il y aura des conférences thématiques, comme la conférence sur le climat, où des accords contraignants seront pris. J’espère qu’il y aura parallèlement davantage d’initiatives comme l’Action pour le climat pour faire bouger les gouvernements sur le plan juridique. Les citoyens affirment que les pouvoirs publics doivent atteindre les objectifs qu’ils ont signés sur la scène internationale. »
David Leyssens : « À Bruxelles est né le mouvement citoyen ‘Une chaise pour chaque enfant’ qui, comme l’Action pour le climat, a intenté une procédure en justice contre le gouvernement car il trouve que ce dernier n’atteint pas ses objectifs en matière d’enseignement. Dans l’enseignement néerlandophone à Bruxelles, 2.100 enfants n’ont pas trouvé de place à l’école l’année passée. Si les citoyens mettent le gouvernement belge au défi de tenir ses engagements en matière de droits de l’enfant, cela peut créer une dynamique supplémentaire afin de rendre les ODD en matière d’enseignement plus contraignants. Surtout lorsque l’année prochaine, la Belgique siègera au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, il est important de tenir compte de tels signaux provenant des citoyens. »

 

Barrières politiques

 

Peter Wollaert : « Ce programme n’est pas tombé du ciel. Presque tous les objectifs sont basés sur des normes internationales existantes et des traités, par exemple sur les normes de travail. Les ODD donnent ainsi de l’oxygène supplémentaire à de nombreuses règles internationales qui existent mais ne sont pas suffisamment suivies. »
David Leyssens : « Les entreprises ou les organisations qui veulent concrétiser le programme de développement durable se heurtent parfois à des barrières politiques. Ainsi, 120 de nos membres ont pris un engagement explicite en matière de changement climatique : réduire leurs émissions de CO2 dans une échelle comprise entre 40 et 70%. Parallèlement, ils ont décidé de s’immiscer dans le débat sociétal et de s’exprimer en tant qu’ambassadeurs du climat. Ces 120 entreprises et ONG ont fait savoir à l’occasion de la Conférence sur le climat de Paris qu’elles attendaient davantage de leadership de la part des responsables politiques belges. Faire du lobbying sur des thèmes environnementaux n’est pas évident pour une entreprise, mais je m’attends à ce que cela se produise de plus en plus. »

 

 L’agenda 2030 est basé sur cinq piliers

1 L’homme – vivre dans la dignité
2 La planète – protéger la planète
3 La prospérité – une vie d’opportunités d’épanouissement
4 La paix – vivre sans crainte et sans violence
5 Le partenariat – un renouvellement de la solidarité mondiale incluant tous les individus

 

CIFAL Flanders
http://cifal-flanders.org/leadership-for-sustainability/sustainable-development-goals/

The Shift
https://theshift.be/fr

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