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Rencontre

« Un soutien public au changement »

Paul De Grauwe tire la sonnette d’alarme

Paul De Grauwe tire la sonnette d’alarme

Parcs éoliens, magasins bios, communes fairtrade, initiatives urbaines visant la neutralité climatique… Nous bâtissons une économie durable via de multiples initiatives, petites ou grandes. Toutefois, sur le plan macroéconomique, le chemin est encore long, si l’on en croit Paul De Grauwe. Selon lui, seules les autorités publiques peuvent forcer cet indispensable changement.

Paul De Grauwe réagit avec réserve lorsque nous le contactons pour un entretien sur la transition vers une économie durable : « J’ai peu de connaissances sur ce sujet, qui m’intéresse, mais à propos duquel je ne fais pas de recherches », précise-t-il. « Cela ne signifie pas que je n’accorde pas d’importance à une économie verte. »

Gaz de schiste et lignite

« Je constate que d’importantes sommes d’argent sont investies pour rendre l’économie plus durable. Mais en même temps, les investissements dans les combustibles fossiles ne sont pas réduits. Les investissements dans le gaz de schiste aux États-Unis et les investissements continuels dans l’extraction de lignite pour la production d’énergie en Allemagne sont, au contraire, des facteurs désastreux pour une économie durable. Plus que jamais, on investit dans les formes les plus polluantes de production énergétique. »

« Sur le plan macroéconomique, les marchés émergents continuent à croître de manière substantielle, en dépit de la crise. La plupart des pays en croissance suivent souvent une voie incompatible avec une économie verte et durable. Dans les pays développés, nous avons également connu cette évolution dans le passé ; seulement, dans les pays actuellement en croissance, cette évolution se fait à un rythme accéléré. De ce fait, les émissions de CO2 et la pression sur l’environnement augmentent chaque année, ce qui m’inquiète. L’impact des projets verts actuels reste relativement limité au niveau macroéconomique. »

Prendre en compte tous les frais

La transition vers un secteur énergétique vert est cruciale, selon Paul De Grauwe : « Nous devons nous tourner vers d’autres sources énergétiques que les combustibles fossiles, sans quoi nous allons droit dans le mur. » Un autre secteur important à ses yeux est celui des transports. « Certaines formes de transport sont aujourd’hui trop bon marché. Pour le transport routier, par exemple, il n’est pas tenu compte actuellement de tous les frais, comme ceux de la conversion énergétique et de l’émission des gaz d’échappement. Certaines structures commerciales internationales qui ont cours actuellement ne sont pas efficaces non plus. Je pense notamment au transport par voie aérienne de haricots du Kenya vers les pays développés ! »

« Nous devons nous tourner vers d’autres sources d’énergie que les combustibles fossiles, sans quoi nous fonçons droit dans le mur. »

Paul De Grauwe

Une autorité publique correctrice

Comment le passage vers une économie durable peut-il malgré tout être accéléré ? « Il est évident que les autorités doivent imposer l’évolution vers une économie verte et durable par le biais de mesures fiscales. Dans un marché libre, tous les coûts ne sont pas compris dans les biens et services, ce qui se traduit par un prix du marché incorrect. L’État doit intervenir à ce niveau par le biais de la fiscalité et la subvention de nouvelles technologies. C’est le seul acteur qui puisse le faire. » Même si une telle approche n’a rien d’une évidence : « Une fiscalité environnementale suscite une grande résistance de la part de nombreux groupes de pression, tels que le secteur des transports. En Belgique, il existe toutefois un terreau politique pour des mesures écologiques. Ce n’est pas le cas au niveau international. Il devrait y avoir une plus grande coopération internationale pour limiter les émissions de CO2, mais le protocole de Kyoto reste un ensemble de bonnes intentions sur papier. »

Et le secteur financier ? Paul De Grauwe s’attend à peu d’initiatives de ce côté : « Les (grandes) banques accordent des prêts à des projets qui sont rentables pour elles et dont le risque est maîtrisable. Dans la marge, elles soutiennent une série de projets écologiques, mais ce n’est pas leur métier de base. C’est pourquoi les autorités publiques doivent décourager fiscalement les projets nuisibles pour l’environnement. Ce n’est qu’alors que le monde financier cessera de financer ces projets, devenus non rentables. »

PAUL DE GRAUWE

Paul De Grauwe se qualifie de véritable libéral, mais il reconnaît aussi les limites d’un marché totalement libre. Il enseigne aujourd’hui l’économie politique européenne à la prestigieuse London School of Economics. Précédemment, il enseignait l’économie international à la KU Leuven et était professeur invité dans plusieurs universités du monde entier. De 1991 à 2003, Paul De Grauwe fut député fédéral (Open) VLD. En tant que membre du Group of Economic Policy, il a également conseillé José Manuel Barroso, ex-président de la Commission européenne. Il est spécialisé dans les relations monétaires internationales, l’intégration monétaire, les marchés des changes étrangers et l’économie de marché ouverte.

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chris Il y a 6 années

j’adhère depuis longtemps à ses positions réfléchies ….dommage qu’on n’en tienne pas assez compte !

Agnès Il y a 6 années

Cet homme est très sensé et conscient avec une vue sur le long terme ……il en faudrait beaucoup comme cela pour changer les choses! Mais l’individu dans tout cela il a bien plus de pouvoir qu’il ne croit..en faisant des choix!

Pierre Il y a 6 années

Bravo, mais ne comptons aucunement sur les états. Seul espoir pour les problèmes d’envergure mondiale : un gouvernement mondial. A commencer par une organisation mondiale des ressources de la planète capable de contrer l’organisation mondiale du commerce. Et une autre pour combattre la corruption et la fraude fiscale. Avant que la guerre mondiale en cours (Israël, Syrie, Irak, Afghanistan etc) ne s’étende d’un pôle à l’autre. Espérons que ce n’est pas là le prix à payer…