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Actualité Triodos

La GABV: un mouvement dans le monde bancaire

Frans De Clerck sur la huitième réunion annuelle de la Global Alliance for Banking on Values

Frans De Clerck sur la huitième réunion annuelle de la Global Alliance for Banking on Values

Lors de la huitième réunion annuelle et conférence de la Global Alliance for Banking on Values (GABV), 28 CEO de banques de tous les continents se sont penchés à Amsterdam sur les possibilités d’avoir un impact social et écologique encore plus marqué. Ils financent des entreprises, des organisations et des particuliers qui contribuent visiblement à un développement social positif, tant au niveau local que mondial.

Constituée en 2009 par 11 banques, la GABV en compte désormais 28. Avec une dizaine d’autres banques qui sont prêtes à y adhérer, ce mouvement entend étendre considérablement ses activités et ses moyens, et faire évoluer son poids total de 20 millions de clients dans 30 pays aujourd’hui à un nombre compris entre 70 et 100 millions de clients dans les années à venir. Pour ce faire, les banques GABV engagent d’ores et déjà 90 milliards d’euros qu’elles gèrent en commun. « D’ici à 2020, l’Alliance et ses partenaires pourront contribuer au bien-être d’un milliard de personnes », déclare Marcos Eguiguren, directeur de la GABV. « Vous voyez grand ? », lui avons-nous demandé, mais c’est bien la réalité si l’on tient compte de l’impact sur le bien-être de l’octroi de crédit social, sous la forme de microcrédits, à de très nombreuses et grandes familles, principalement dans les pays du tiers-monde. Si l’on ajoute à cela des projets touchant notamment à la prise en charge des personnes âgées, aux soins de santé ou encore à l’enseignement, ainsi que l’impact d’un grand nombre de projets d’énergie renouvelable et l’électricité qu’ils apportent à des millions de familles, l’impact est clairement visible et calculable. Le financement important du secteur culturel fait aussi l’objet de projets ayant une portée publique commune analysée par les banques de la GABV.
Toutefois, en ces temps de réglementation lourde à l’échelle planétaire, les nouvelles banques durables, y compris de petite ou de moyenne taille, éprouvent des difficultés à décoller. Cela pourrait peut-être tempérer quelque peu les prévisions de croissance. On peut toutefois s’attendre à ce que davantage de banques coopératives retrouvant leurs racines ou à ce que des banques basculant vers des activités durables adhèrent à la GABV et accélèrent ainsi leur rythme de croissance. Une chose est sûre : le besoin de financement de projets sociaux et écologiques qui œuvrent à un avenir durable est important et continuera d’augmenter, d’après les estimations, en tout cas aussi longtemps que les grandes banques investiront une grande part de leurs moyens dans les marchés financiers.

Étude comparative et principes

Une étude comparative (1) entre les banques membres de la GABV et les banques systémiques révèle que les valeurs et principes des premières créent également une valeur ajoutée économique et financière. Les banques systémiques ont le dessous en termes d’épargne investie dans l’octroi de crédits à l’économie réelle : 39,6%, contre 75,2% pour les banques GABV. La croissance de l’octroi de crédits joue aussi en faveur des banques GABV (12,2%, contre 5,4% pour les banques systémiques), tandis qu’elles réalisent le tour de force d’arriver à un pourcentage de bénéfice net comparable et d’avoir des fonds propres relativement élevés. L’impact social et écologique des banques GABV est mesuré au moyen d’un balanced scorecard développé en interne qui devrait, dans le futur, devenir l’instrument de mesure standard de l’ensemble du secteur bancaire.

Quels sont les principes sur lesquels ce genre de services bancaires repose ? La caractéristique principale des banques GABV est que l’argent est utilisé comme outil de développement humain et social et pas comme fin en soi. Ces banques se focalisent sur les 3P (people, planet and prosperity), le service à l’économie réelle, les relations à long terme avec toutes les parties prenantes. Elles sont dynamiques et résistantes aux chocs, transparentes et accessibles à tous. Tous ces principes sont profondément ancrés dans la culture de chaque banque GABV.

It’s banking but not as we know it

La Reine Maxima des Pays-Bas, ambassadrice spéciale de l’ONU pour la finance inclusive, était présente lors du débat d’ouverture portant sur les services bancaires axés sur l’innovation, la technologie et les valeurs. Le titre de la conférence était « It’s Banking. But not as we know it. »
L’accent était mis sur les possibilités et les défis d’un nouveau type de services bancaires, le directeur de la Banque centrale néerlandaise, Frank Elderson, affirmant à cette occasion la « nécessité de faire de la durabilité le principe dominant régissant toutes les banques, y compris la banque centrale ». Ses propos confirment le rôle de pionnier des banques GABV et leur influence dans le secteur, mais démontrent aussi que le chemin à parcourir est encore long pour les services bancaires classiques.

 

Entretiens avec des CEO

Les entretiens avec les CEO présents ont révélé leur motivation et la manière dont ils mettent en pratique ces nouveaux services bancaires, aidés de leurs 30.000 collaborateurs.Tamara Vrooman, CEO de Vancity (Canada, fonds gérés : 20 milliards d’euros, 2.500 collaborateurs), transforme avec succès la « credit union » fondée en 1946 en établissement financier durable moderne : « En dirigeant délibérément notre offre de crédits vers des projets ayant un impact humain, social et écologique, nous indiquons nous-mêmes le sens du changement dont ont besoin notre communauté locale et le monde. »

À l’autre extrémité de la planète, Bold Magvan, CEO de XacBank (Mongolie, fonds gérés : 1,2 milliard d’euros, 1.500 collaborateurs), a été à l’origine de cette banque de microfinance en 2001. Elle est devenue l’une des plus grandes banques de Mongolie : « La GABV est plus puissante et énergique en tant que mouvement qu’un réseau ; elle est plus innovante aussi. XacBank a ainsi réalisé la transition d’un authentique établissement de microcrédit vers le financement de petites et moyennes entreprises, tout en conservant ses valeurs et en transmettant son expérience à une nouvelle initiative en Chine. »

Thomas Jörberg est le CEO de la banque coopérative GLS Bank (Allemagne, fonds gérés : 5 milliards d’euros, 530 collaborateurs), fondée en 1974 et l’un des pionniers de la banque axée sur les valeurs en Europe : « Outre la conversion transparente d’épargne en octroi de crédits ayant un impact, nous tenons à mettre davantage l’accent sur la force de la donation et du capital à risque pour financer de nouvelles évolutions durables. Il est temps de relever de manière innovante et efficace les défis disruptifs. »

Selim Hussain, CEO de BRAC Bank (Bangladesh, fonds gérés : 2,7 milliards d’euros, 8.000 collaborateurs), fondée en 2001 comme spin-off de BRAC NGO (plus de 5 millions de microcrédits au Bangladesh, mais aussi au Pakistan, en Tanzanie, Ouganda, Sierra Leone, au Liberia et au Myanmar) : « BRAC Bank est cotée en Bourse et encore détenue à 42% par BRAC NGO. Chez BRAC Bank, la valeur sociale ajoutée occupe une place centrale et l’on applique des critères négatifs, à l’instar de l’absence d’investissement dans le tabac, l’alcool, etc. Le bénéfice profite aux actionnaires, dont BRAC NGO. »

Vince Siciliano, CEO de New Resource Bank (États-Unis, fonds gérés : 270 millions d’euros, 40 collaborateurs), fondée en 2006 : « Les banques de ce type gèrent trois types de capital : financier, social et écologique. Elles peuvent constituer une solide base de pratiques bancaires éthiques. »

Kurt Koenigsfest, CEO de BancoSol (Bolivie, fonds gérés : 1,3 milliard d’euros, 2.800 collaborateurs), fondée en 1991 : « Notre portefeuille de microfinance représente 900 millions d’euros, dont plus de 700 millions d’euros grâce à l’épargne de 700.000 clients. 42% de nos crédits vont à des projets de femmes dans l’économie informelle. »

 

 

Fonds de capitalisation

Suite à leur forte croissance, ces banques et d’autres banques durables ont besoin de fonds propres supplémentaires. C’est ce qui a motivé la création, en 2015, du SFRE Fund, un fonds commun de_MG_2740 placement luxembourgeois (SICAV-SIF). La conférence de la GABV a été l’occasion d’annoncer les premiers investissements du SFRE Fund et la perspective de voir le fonds passer de 50 millions de dollars à quelque 75 millions de dollars en 2016. Le fonds a pour ambition de réunir, au cours des dix prochaines années, 1 milliard de dollars d’actifs, qui seront investis sous la forme de capital à risque dans la banque durable. Outre un certain nombre de banques GABV, les investisseurs du SFRE Fund sont des fondations, des investisseurs institutionnels, des family offices et des investisseurs privés.

Esprit pratique

Il est manifeste que la GABV fait également preuve d’un esprit très pratique sur le plan de ses valeurs et de ses principes. Les membres de l’Alliance ont conscience du fait que financer l’économie réelle et avoir un impact social requiert non seulement l’implication de leurs CEO, mais aussi d’un grand nombre de collaborateurs spécialisés.
Lors de la conférence, tant les « Innovation Lab Workshops » que les « Expert Groups of Practice » ont été très fréquentés. Les « Communities of Practice » abordent des thèmes tels que le capital humain et les ressources humaines, les méthodes de mesure de l’impact, le marketing et la communication, la direction et le leadership, l’équation risque-finances-contrôle, le business numérique et l’innovation. Les participants échangent des connaissances et de l’expérience à l’échelle de la planète et contribuent de la sorte au développement qualitatif du réseau et de chacun de ses membres.

Peter Blom, président de la GABV et CEO de la Banque Triodos : « Pour la formation de « banquiers durables », la GABV collabore avec le « MIT Community Innovators Lab (CoLab) » qui lancera, le 16 avril, un Massive Online Course (MOOC) intitulé « Banking as if Society mattered ». Collaboration intensive, renouvellement et changement sont inhérents à la banque durable. C’est la seule manière de pouvoir contribuer aux indispensables changements durables dans le monde. »

« Mouvement » et changement

Au cours de ses sept premières années, la GABV s’est présentée comme un mouvement mondial pour la banque durable. Le mouvement d’accélération et d’extension a été initié. Les résultats concrets sont visibles et le changement d’échelle est possible, tout en préservant les valeurs et principes qui peuvent aussi induire un changement qualitatif et un « mouvement » dans le monde bancaire classique. (2)

 

Frans De Clerck

Cofondateur de la Banque Triodos Belgique. A reçu le Prix de la Citoyenneté 2015.

(1) Voir sur gabv.org le rapport de recherche : « Real Economy-Real Returns: The business case for Sustainability Focused Banking ».
(2) Voir pour analyse et antécédents de la banque durable, le chapitre consacré par Frans De Clerck à la banque éthique (p. 209-227) dans l’ouvrage « Ethical Prospects. Economy, Society and Environment », Springer, 2009, ainsi que le livre de Peter Blom, « Het Nieuwe Bankieren », Kosmos, 2009.

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