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actualité triodos

Quand le climat politique ou civil change

En dialogue avec les entreprises en zone de conflit

En dialogue avec les entreprises en zone de conflit

Les entreprises multinationales font face à de nombreux défis lorsqu’elles développent leurs stratégies et modèles d’entreprise applicables à toutes les régions. Elles doivent gérer les opérations en tenant compte de toutes les particularités, cultures et circonstances locales. Mais si l’environnement, politique ou civil, change, pouvons-nous nous attendre à ce qu’elles arrêtent tout simplement leurs opérations et quittent les lieux, laissant derrière elles tout leur investissement en personnel, fournisseurs, matériaux et équipement ?

Heineken au Burundi

Heineken est un brasseur néerlandais doté d’exploitations et de marchés partout dans le monde. C’est toutefois cette présence globale qui augmente le risque de fonctionnement dans des pays instables ou à mutations rapides. Au Burundi, par exemple, Heineken possède en copropriété avec le gouvernement la brasserie Brarudi. Heineken est le seul investisseur étranger important dans le pays et constitue dès lors une source notable de financement du gouvernement par les revenus fiscaux. La brasserie emploie quelque 600 personnes dans le pays et environ 18.000 fermiers assurent des activités agricoles et produisent principalement du sorgho.

Le programme le plus important du sorgho de la société est estimé à environ 112.000 personnes. Pendant longtemps, le Burundi était relativement stable malgré la pauvreté. Depuis 2015, toutefois, la situation des droits de l’homme au Burundi s’est empirée. Le désaccord quant à la validité de la capacité du président à briguer un troisième mandat a débouché sur des troubles sociaux et des violations des droits de l’homme par le régime. Si Heineken cesse toute exploitation, car elle ne souhaite pas être associée à un gouvernement répressif, les conséquences risquent de faire souffrir énormément de monde.

La coopération avec un régime répressif pourrait constituer une raison d’exclure une société des investissements. Toutefois, après avoir envisagé la situation sous tous ses aspects, Triodos Research a décidé de garder Heineken dans l’Univers d’Investissement Triodos. Pour cela, Triodos Research a mené un dialogue approfondi avec la société sur la question et la porte de la communication entre les deux interlocuteurs reste ouverte. La mise en place de procédures bien définies à appliquer au sein du groupe a fait l’objet d’une discussion. Y compris concernant la manière dont il faut gérer les circonstances politiques en mutation et les attentes de Triodos Research en matière de transparence de leurs frontières et de ce qui pourrait susciter la fin des opérations.

Heineken a déjà pris des mesures pour renforcer sa gestion des processus liés aux droits humains sur la base des principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des NU. En outre, la société a commencé à coopérer avec le Centre d’Études Africain à Leiden pour cartographier les opportunités et les défis de ses activités en Afrique, plus spécifiquement dans les zones de conflit et dans les marchés fonctionnant dans des conditions difficiles.

 

LafargeHolcim en Syrie

Le fournisseur de matériaux de construction suisse LafargeHolcim est également actif dans plusieurs pays, y compris dans des pays sensibles comme l’Irak, le Liban, la Jordanie, le Nigéria et tout récemment, la Syrie.

En juin 2016, Lafarge a été accusé par le journal français Le Monde d’avoir indirectement financé l’État Islamique (EI) entre 2013 et 2014, avant sa fusion avec Holcim. D’après Le Monde, la société a payé des taxes à l’EI pour continuer ses activités dans son usine syrienne et pour permettre le passage des véhicules dans la zone en toute sécurité, avant que l’EI reprenne le site de l’usine en septembre 2014. Quand on connaît les activités de l’IS, cela pourrait signifier une implication importante dans les violations des droits de l’homme.

Pour l’instant, une enquête criminelle se déroule en France, sur la base de la plainte déposée par deux organisations non gouvernementales et 11 anciens employés syriens. L’enquête que la société a menée de son côté a révélé que la société locale avait effectivement fourni des fonds à des parties tierces pour s’arranger avec plusieurs groupes armés, notamment des parties sanctionnées, afin de maintenir les opérations et assurer le passage en toute sécurité des employés et des fournitures de et vers l’usine. De la sorte, les employés de la société impliqués n’ont pas suivi le Code de conduite de la société.

En mai 2017, LafargeHolcim est sorti de l’Univers d’Investissement durable de Triodos. La société a été contactée et celle-ci a insisté sur le fait que le but de l’action était de protéger ses employés. La société a ainsi pris des mesures importantes pour augmenter ses systèmes de contrôle interne avec, notamment, le projet de créer un Comité d’Etique, d’Intégrité et de Risques. Le Chief Executive Officer a démissionné.

Malgré ces actions, le souci reste que les politiques internes de la société ont été violées malgré sa présence dans une zone en conflit. En outre, Triodos Research estime que LafargeHolcim témoigne de tendances opportunistes à opter pour des projets controversés comme, par exemple, ses intérêts dans la construction d’un mur de séparation entre les États-Unis et le Mexique. Triodos Research pense que la société doit donner la priorité à sa structure éthique et démontrer qu’elle est mise en place et gérée activement.

 

À quoi pouvons-nous nous attendre ?

Les cas de Heineken et de LafargeHolcim démontrent tous deux la complexité de faire des affaires dans des environnements politiques et civils changeants. Cela pourrait arriver n’importe où et n’importe quand et les entreprises doivent y être préparées. Elles se doivent de disposer de processus de diligence raisonnable et doivent être préparées pour ce type de situations comme faisant partie de leur stratégie d’évaluation et de minimisation des risques. Elles doivent avoir des politiques et des procédures qui pourraient potentiellement mener à la fin des activités professionnelles. La communauté internationale – les gouvernements, ONG, investisseurs et autres parties prenantes – doit également collaborer au développement de cette conduite.

 

Photo: Max Noisa

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Dominique Il y a 4 semaines

De l’investissement durable dans une cimenterie ? Ne savez-vous pas que pour produire un kg de ciment on produit aussi 0,8 kg de CO2 ? Une cimenterie est une des activités les plus productrice de CO2 par kg de produit fini !

Reply to Dominique
Etienne Non Il y a 3 semaines

C’est un peu comme investir dans la construction d’une mosquée à Saint Josse. Rien à voir avec les développement durable non plus.

Reply to Etienne Non
cfunari Il y a 3 semaines

Bonjour Etienne,
La Banque Triodos finance des organisations qui travaillent autour de valeurs spirituelles et qui accordent une place centrale à la liberté de l’homme et à l’égalité de traitement. Il s’agit, entre autres, de centres de méditation où chacun est le bienvenu pour se ressourcer, et de lieux de recueillement où les gens peuvent trouver la paix intérieure ou travailler sur leur développement spirituel de diverses manières.
L’Union des Centres Culturels Islamiques de Belgique (UCCIB) a pris l’initiative de construire une nouvelle mosquée à Saint-Josse-ten-Noode, l’ancienne ne satisfaisant plus aux normes de sécurité. Outre cette mosquée de 370 places, le nouveau bâtiment sur cinq étages accueille un centre éducatif pour accompagnement scolaire, pourvu d’un local de classe, d’un réfectoire et d’un dortoir. Le bâtiment comprend également une salle polyvalente de 100 places mise à disposition des organisations de jeunes et associations culturelles du quartier, mais également de la police locale, des pompiers et de la commune. Enfin, le bâtiment comprend également deux appartements.
Ce projet a été conçu sous le signe du développement durable : le bâtiment consomme peu d’énergie et est doté d’une isolation de toit écologique. Toutes les eaux de pluie et un maximum de chaleur ambiante sont récupérés, et les logements sont passifs. Un bon équilibre a, par ailleurs, été recherché entre le style bruxellois de la façade et les quelques caractéristiques orientales du bâtiment. Une petite tour remplace, par exemple, le traditionnel minaret. Il n’y a pas d’appel à la prière.
L’asbl UCCIB a été fondée en 1979 par des immigrés turcs et est ouverte à tous les musulmans, sans distinction d’origine, de culture ou de langue. Il s’agit d’une organisation complètement indépendante du politique, qui, à l’origine, était purement religieuse. Au fur et à mesure s’y est ajouté un volet éducatif, axé sur l’accompagnement scolaire des jeunes. Cet aspect devient de plus en plus important. L’association aide autant des écoliers que des étudiants universitaires. Cette mission cadre avec l’objectif de l’association, qui est de promouvoir l’intégration et de construire des ponts entre différentes cultures.
La Banque Triodos a octroyé un crédit à terme pour la construction du complexe, qui est en grande partie financée par des fidèles du quartier.
J’espère ainsi avoir répondu à votre question.
Belle journée,
La Banque Triodos

Reply to Dominique
lschreurs Il y a 3 semaines

Il est vrai qu’aujourd’hui la production du ciment est une activité polluante et responsable d’importantes émissions de CO2.
Il est aussi vrai que ce matériel est beaucoup utilisé dans de nombreux chantiers et le sera encore à l’avenir tant qu’il y n’y a pas des alternatives utilisables à la même échelle. Nous avons donc tout intérêt à faire en sorte que les acteurs du secteur améliorent leurs performances en matière de durabilité, notamment par la réduction de leurs besoins en énergie et par le recours aux énergies renouvelables.

L’approche du secteur par Triodos Investment Management consiste donc à sélectionner les entreprises dont les prestations en matière de durabilité sont parmi les 50% meilleures par rapport au secteur (best in class) et d’engager le dialogue avec elles pour qu’elles continuent à améliorer leurs performances durables. Tout au long de ce processus les exigences minimales et critères d’exclusion de Triodos sont d’application.

Dans le cas de LafargeHolcim, la société avait été sélectionnée conformément à ce processus. En matière de la réduction de ses émissions CO2 et le recours aux énergies durables, elle fait des progrès notables qui peuvent influencer positivement le secteur entier.
Mais ces progrès n’empêchent pas que Triodos Research continue à évaluer l’entreprise par rapport à l’ensemble de ses critères de sélection. D’où l’exclusion récente de LafargeHolcim de l’univers d’investissement durable de Triodos compte tenu de la conduite de ses activités en Syrie.

J’espère que cette explication clarifie davantage notre approche.
Je vous souhaite un excellent weekend.
Lieve Schreurs
Corporate Communications Manager
La Banque Triodos

Christiane Portael Il y a 4 semaines

Délicate analyse de la situation. Garder ou ne pas garder : that is the question? Merci.


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