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Dossier

Défis et nouvelles opportunités en matière de soins de santé

Des leçons pour l’avenir issues des Pays-Bas

Des leçons pour l’avenir issues des Pays-Bas

Le dicton dit « Quand il pleut à Paris, il bruine à Bruxelles », mais dans le cas des soins de santé, on pourrait parler d’Amsterdam. Le 1er janvier 2015, la loi relative aux soins de longue durée entrait en vigueur aux Pays-Bas. Elle remplace l’ancienne loi générale relative aux frais médicaux spéciaux. Seules les personnes nécessitant des soins « tout au long de leur vie » relèvent désormais de la nouvelle loi. Pour accompagner cette transition, les Pays-Bas souhaitent que les gens continuent à vivre le plus longtemps possible chez eux.
Cette transition majeure dans la politique en matière de soins de santé constitue un champ expérimental intéressant pour la Belgique. Un an plus tard, nous voyons que les premiers effets de la transition se font sentir. Nous avons demandé à nos collègues Patty Zuidhoek et Hans van Eijkelenburg de Triodos Bank Nederland comment ils ressentent, en tant que prêteurs, cette évolution auprès des entrepreneurs du secteur des soins de santé.

Dans quel contexte la transition des soins a-t-elle été prise aux Pays-Bas ?

Zuidhoek : « Les autorités ne pouvaient plus maîtriser les coûts. Un tiers des dépenses totales du gouvernement néerlandais allaient aux soins de santé, soit 70 milliards d’euros. Les prévisions démographiques indiquaient que le problème allait prendre des proportions gigantesques dès 2025, avant de diminuer en 2040. En outre, une demande de plus grande gestion par les bénéficiaires de soins de santé eux-mêmes se faisait entendre. »

van Eijkelenburg : « Déjà en 2012, il avait été suggéré qu’il fallait plus de concurrence dans le secteur des soins de santé. De nombreux dirigeants de grandes institutions ont toutefois continué de faire ce qu’ils faisaient depuis longtemps, convaincus que l’idée n’allait pas faire long feu et que le gouvernement suivant allait certainement faire marche arrière. Mais le gouvernement Rutte a persisté. »

Zuidhoek: « L’idée n’est donc pas nouvelle, mais la transition a rapidement démarré. Bien sûr, cela fait mal, mais en même temps, cela offre de nombreuses opportunités, surtout pour les entrepreneurs du secteur des soins de santé. »

Quelle est votre impression à propos de la politique menée ?

Zuidhoek : « La nouvelle politique n’amena tout d’abord pas d’économies, car dès que la nouvelle loi fut annoncée, on vit un afflux de gens dans les centres de soins qui, en dernière minute, recevaient promptement une prescription médicale pour pouvoir encore bénéficier de la loi existante. De nombreuses personnes de plus de 80 ans se sont alors installées dans un centre résidentiel. C’est compréhensible : si vous aviez besoin de soins lourds, mais que vous habitez chez vous, vous n’aviez droit à aucune indemnité. »

van Eijkelenburg : « Les personnes dépendantes des soins de santé ne tombant pas dans le ressort de la nouvelle loi doivent principalement compter sur leurs réseaux sociaux et les aides-soignants disponibles. Les communes tiennent en ce moment ce que l’on appelle des « conversations sur le coin de la table ». Et c’est littéralement ce qui se passe. Quelqu’un vient vous visiter et examine tout ce que vous pouvez encore faire vous-même et dans quelle mesure vous pouvez compter sur un aide-soignant. S’il n’est pas possible d’avoir un aide-soignant, vous recevez alors un appui financier de la part de la commune pour l’aide à domicile. Les interventions pour cela s’obtiennent via la loi sur l’aide sociale (Wet Maatschappelijke Ondersteuning – WMO). Les fonds qui y sont destinés sont transférés du gouvernement central vers les communes, mais avec une économie budgétaire de 25 %. De manière logique, les communes optent souvent pour la solution de soins la meilleure marché, et certainement pas toujours pour la meilleure qualité. À la suite de cette “course au moins cher”, différentes entreprises de soins à domicile sont en difficulté. »

« Dans le secteur, la transition a frappé de nombreux entrepreneurs. Nous avons ainsi de nombreux clients qui ne prestent que des activités journalières. Si les communes décident de modifier les subsides, les entrepreneurs peuvent de ce fait avoir des problèmes. »

Patty Zuidhoek, Teamleider Zorg & Welzijn Triodos Nederland

Quelles conséquences pour les entrepreneurs de soins percevez-vous ?

Zuidhoek : « Dans le secteur, la transition a frappé de nombreux entrepreneurs. Nous avons ainsi de nombreux clients qui ne prestent que des activités journalières. Si les communes décident de modifier les subsides, les entrepreneurs peuvent de ce fait avoir des problèmes. »

van Eijkelenburg : « En 2014, les interventions pour le transport des handicapés ont été  supprimées. Il y a quelques années, l’intégration était soudainement devenue une priorité. Les résidents des institutions devaient tous retourner vivre dans les zones résidentielles. Mais vous ne pouvez pas envoyer les handicapés seuls en rue. Ceux-ci devaient bien être transportés et accompagnés, mais dans ce cadre de restrictions budgétaires cela ne fonctionnait plus. Les grandes institutions sont maintenant revenues vers certains groupes déterminés de handicapés et elles organisent aujourd’hui plutôt des activités journalières sur leurs propres sites, ce qui revient moins cher. »

Zuidhoek : « Les réformes drastiques ont un impact majeur sur le parc immobilier destiné aux soins de santé. Puisque seules les personnes lourdement dépendantes peuvent encore faire appel à l’offre résidentielle, le parc immobilier n’est plus adapté aux besoins des résidents. En outre, le secteur a rapidement été confronté à une offre excédentaire de places pour résidents et donc avec un parc immobilier surévalué. La transition a très rapidement été mise en œuvre, et les institutions de soins qui avaient investi ces dernières années dans de nouveaux bâtiments ont soudainement été confrontées à un tout autre marché de la santé. Des adaptations aux besoins des bénéficiaires de soins de santé les plus dépendants (nouvelle loi) ou une réaffectation du parc immobilier ne sont souvent pas tâches faciles. »

van Eijkelenburg : « Un point positif a été que la réduction des subsides a entraîné une créativité accrue. Il est encourageant de constater qu’il y a, par exemple, des initiatives de particuliers : des investisseurs privés qui investissent dans l’immobilier de soins de santé, des parents d’enfants handicapés qui se réunissent, font l’acquisition d’une maison et achètent des soins en tant que groupe auprès d’un prestataire de soins reconnu et réputé, des villas qui sont adaptées avec des fonds d’investisseurs ou de personnes âgées privées. »

De quelle manière la transition a-t-elle eu un impact sur vos relations avec les entrepreneurs du secteur des soins de santé ?

Zuidhoek : « Nous voyons clairement un changement dans notre manière de travailler. En tant que banque, nous nous mettons autour de la table avec d’autres institutions. Tout d’abord, nous parlons beaucoup de l’esprit d’entreprise. Nous demandons au client quelle est sa stratégie marketing, son groupe cible, son argument principal de vente, de gestion et son organisation. En second lieu, nous ne finançons plus la totalité aujourd’hui. »

van Eijkelenburg : « Aujourd’hui, il faut que du capital propre soit mis sur la table, et cela ne va pas de soi pour les entrepreneurs traditionnels du secteur des soins de santé. Une innovation intéressante est “Zorgobligaties.nl”. C’est une initiative de la coupole ActiZ visant à aider à renforcer le patrimoine propre des entrepreneurs du secteur des soins de santé par le biais de l’émission d’obligations. Une manière de financement de soutien tout à fait nouvelle pour le secteur des soins de santé. »

Zuidhoek : « La transition entraîne la créativité et de nombreuses nouvelles alliances. La Banque Triodos invite ses clients à utiliser son réseau. Nous savons, par exemple, que beaucoup d’investisseurs immobiliers s’intéressent aux soins de santé. Pour réduire le risque, ils entreront dans des projets ayant une part d’immobilier destiné aux soins de santé et une part d’immobilier commercial ou privé. Ils ne sont pas toujours au courant des besoins du secteur des soins de santé. Un entrepreneur immobilier raisonnera par exemple ainsi : “si mon immeuble brûle, toutes les portes doivent être ouvertes”. Mais ce n’est pas nécessairement la meilleure solution dans un immeuble destiné aux patients souffrant de démence sénile près d’une route à grande circulation. Nous pouvons ici réunir les parties. Nous voulons être un acteur qui aide à promouvoir l’innovation grâce à nos financements, mais nous nous trouvons – comme tout le secteur – sur un nouveau terrain. »

van Eijkelenburg : « Là où la Banque Triodos veut absolument jouer un rôle de moteur, c’est dans la construction économe et neutre en énergie. Nous sommes entièrement convaincus du rendement à moyen terme, et nous remarquons que de plus en plus d’entrepreneurs du secteur des soins de santé nous suivent sur ce plan. Surtout depuis que les organisations de soins travaillent également avec des apports de fonds. Les économies structurelles sur la facture énergétique peuvent être utilisées pour la poursuite de l’amélioration des soins, et finalement, c’est ce qui compte. »

Zuidhoek :  « Les entrepreneurs du secteur des soins de santé sont préoccupés par les coûts initiaux plus élevés d’un bâtiment économe en énergie, mais qui se remboursent par eux-mêmes. Si cela constitue une pierre d’achoppement, nous disons : “cherchons alors ensemble une solution” ».

Hans van Eijkelenburg« Il faut impliquer étroitement le secteur lors des plans de réforme. Un changement radical peut être très douloureux pour les entrepreneurs et leurs récents investissements. Grâce à une politique et une période de transition rigoureusement menées, on évite un cimetière économique. »

Hans van Eijkelenburg, Senior relatiemanager Triodos Nederland

Quelles leçons les décideurs politiques belges peuvent-ils tirer de la transition des soins de santé néerlandaise ?

Zuidhoek : « Les réformes des soins de santé et une organisation plus efficace sont nécessaires, compte tenu du vieillissement de la population. L’approche des décideurs politiques ne doit toutefois pas être exclusivement un exercice d’économies. Les personnes âgées indiquent elles-mêmes vouloir vivre plus longtemps chez elles, leur autonomie leur est chère. Mais la réduction des soins en institution sans un solide cadre pour les soins à domicile met la pression sur la qualité des prestations. Les personnes les plus défavorisées sont les premières et les plus touchées. »

van Eijkelenburg : « Il faut impliquer étroitement le secteur lors des plans de réforme. Un changement radical peut être très douloureux pour les entrepreneurs et leurs récents investissements. Grâce à une politique et une période de transition rigoureusement menées, on évite un cimetière économique. »

Zuidhoek : « Et surtout : profiter des opportunités offertes par la réforme. Penser à long terme. »

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