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Rencontre

Culture et économie sociale durablement liées

Vers de nouvelles formes d’entrepreneuriat culturel

Vers de nouvelles formes d’entrepreneuriat culturel

La Banque Triodos finance le secteur culturel et créatif car la capacité de chacun à s’exprimer librement est une composante essentielle d’une société durable. Elle est, dès lors, favorable à l’idée que ce secteur puisse continuer à se développer au travers du modèle de l’entrepreneuriat social. Une idée qui sera débattue en Wallonie et à Bruxelles dans les mois qui viennent, à la faveur de tables rondes mises sur pied avec l’appui de la Banque Triodos.

Ce qu’on appelle communément les industries culturelles et créatives (ICC) constituent un secteur économique non négligeable puisqu’elles génèrent environ 3% du PIB aux niveaux belge et européen. Depuis le sommet de Johannesburg en 2002, la culture est considérée comme le « quatrième pilier » du développement durable. En tant que support de la démocratie et facteur de diversité dans nos sociétés, elle est perçue comme un élément clé de la transition vers un monde plus durable.

En 2014, le secteur culturel et créatif a absorbé 14% des crédits accordés par la Banque Triodos dans les différents pays où elle est active. En termes d’impact, les financements de la banque (crédits et investissements) ont permis à 6,2 millions de personnes d’assister à des évènements artistiques et culturels au cours de l’année écoulée. La Banque Triodos soutient plus particulièrement les artistes qui s’inscrivent dans une démarche entrepreneuriale et cherchent à diversifier leurs sources de financement. L’idée que ce secteur puisse continuer à se développer en épousant les formes de l’économie sociale lui semble donc particulièrement séduisante.

Cette idée est portée par l’asbl Pour la Solidarité – PLS et l’entreprise à finalité sociale SMart. Au travers d’une étude commune, ces deux organismes prônent un rapprochement entre le secteur culturel et créatif et celui de l’entrepreneuriat social. Denis Stokkink, président de Pour la Solidarité – PLS, et Sandrino Graceffa, directeur général de SMart, nous expliquent pourquoi.

« Le secteur culturel et créatif est porteur de richesses en termes de développement économique, social et territorial. »

Denis Stokkink, président de Pour la Solidarité – PLS

Y a-t-il des affinités naturelles entre la culture et l’entrepreneuriat social ?

Denis Stokkink : « Bien qu’il n’en ait pas forcément conscience, le secteur culturel et créatif s’inscrit souvent dans le modèle d’entreprise sociale, car son objectif premier n’est pas la recherche de profit, mais bien la création artistique. Autrement dit, il a une finalité sociale. Les acteurs culturels refusent, la plupart du temps, d’être catégorisés dans le circuit marchand, mais ils s’insèrent de facto dans une logique économique même s’ils n’ont pas un objectif de ‘lucre’. Il y a bien d’autres points communs entre le secteur de la culture et celui de l’entrepreneuriat social, que ce soit au niveau des valeurs, de la finalité de service à la collectivité ou de l’ancrage territorial. L’un et l’autre sont des acteurs de la transition sociétale, environnementale et économique ou, si vous préférez, des facteurs de transformation de la société. »

Malgré ces nombreuses caractéristiques communes, ce sont deux mondes qui s’ignorent le plus souvent.

Sandrino Graceffa : « Les acteurs culturels sont, en effet, très peu représentés dans les instances de l’économie sociale. Celles-ci s’orientent plutôt vers tout ce qui relève de ‘l’économie de la réparation’, axée prioritairement sur l’insertion socioprofessionnelle. Nous avons voulu démontrer au travers de notre étude que cette forme d’ignorance mutuelle ne cadre pas avec la réalité de terrain. SMart a, par exemple, contribué à la création, à Liège, du Comptoir des Ressources Créatives (CRC), une association créée par les créateurs et pour les créateurs dans une logique mutuelliste et coopérative. Le CRC leur permet d’accéder à des espaces de travail et des outils auxquels ils n’auraient pas pu avoir accès sur le marché privé, il jette des ponts entre acteurs culturels locaux et pouvoirs publics et capitalise le savoir au profit de tous ses membres. »

« Il n’y a pas de logique binaire avec, d’un côté, la culture-business et, de l’autre, la culture subventionnée à 100%. »

Sandrino Graceffa, directeur général de SMart

Prônez-vous un rapprochement entre ces deux secteurs pour répondre aux menaces de tarissement du financement public des productions culturelles ?

S.G. : « Non, ce n’est pas notre propos. Ce que nous voulons simplement dire, c’est qu’il n’y a pas de logique binaire avec, d’un côté, la culture-business et, de l’autre, la culture subventionnée à 100%. Il y a entre ces deux extrêmes un vaste champ intermédiaire, caractérisé par de multiples sources de financement. C’est cette réalité-là que nous voulons valoriser. »

D.S. : « Nous voulons aussi inviter le secteur culturel à s’interroger sur lui-même. Et c’est un message qui est plutôt bien perçu par ses acteurs ! Ceux-ci sont naturellement séduits par l’idée qu’ils ne sont pas nécessairement des ‘individus isolés créant dans leur coin’, mais qu’ils peuvent faire partie d’un mouvement collectif et devenir ainsi une force collective de changement. L’hybridation des ressources financières – subsides publics, recettes propres, dons, crédits bancaires, bénévolat – est au cœur d’un tel modèle. »

En quoi ce modèle est-il important pour la Wallonie et pour Bruxelles ?

D.S. : « Le secteur culturel et créatif est porteur de richesses en termes de développement économique, social et territorial. Lille a très bien compris cela et a regroupé le secteur culturel et celui de l’économie sociale au sein d’un seul et même cluster. Nous aimerions encourager ce travail collectif au niveau de la Belgique francophone. On a pu en mesurer les effets au travers des grands évènements culturels de la Ville de Bruxelles, utilisés comme filière économique pour des jeunes qui ont pu acquérir des compétences techniques dans le domaine du son et de l’image, par exemple. Mons 2015 devrait également permettre de soutenir à long terme le développement de la culture et de la création en Wallonie. Les pouvoirs publics ont donc l’opportunité de créer un effet de levier en adaptant les aides et formations à l’entrepreneuriat (social) aux spécificités des projets culturels. »

Quels objectifs poursuivez-vous au travers des tables rondes organisées à partir d’août ?

S.G. : « Nous souhaitons tout d’abord fédérer l’ensemble des acteurs concernés afin d’encourager la compréhension mutuelle et, partant de là, donner une plus grande visibilité aux projets artistiques et culturels qui poursuivent un objectif sociétal. L’étude réalisée conjointement par SMart et PLS présente un ensemble de bonnes pratiques dont le secteur culturel peut s’inspirer pour lancer de nouveaux projets. Ce sont autant d’initiatives intéressantes, peu coûteuses et qui favorisent le développement socio-économique local. L’enjeu est important pour le secteur de l’économie sociale aussi : en s’ouvrant à des porteurs de projets plus jeunes, il aura l’opportunité de moderniser son image et de dépoussiérer son discours… Le fait que la Banque Triodos, très impliquée à la fois dans le secteur culturel et dans l’économie sociale, soutienne notre initiative est un signal encourageant. »

D.S. : « En décloisonnant les politiques liées à la culture, à l’emploi, à la formation et à l’innovation, il devient possible d’envisager la culture comme un enjeu transversal s’inscrivant au cœur des politiques publiques. C’est un élément important sur le plan de la cohésion sociale et de la création d’emplois locaux. »

Deux acteurs engagés

Pour la Solidarité – PLS se définit comme un laboratoire d’idées et d’actions (think & do tank) engagé en faveur d’une Europe solidaire et durable. Outre ses travaux de recherche et d’analyse, PLS conseille, forme et accompagne des entreprises, des pouvoirs publics et des organisations de la société civile dans le cadre de projets européens.

SMart est une entreprise sociale qui décharge les artistes, créateurs et techniciens de la gestion administrative de leurs activités professionnelles. Elle se développe à l’international sous la forme coopérative et compte plus de 60.000 membres issus des secteurs créatifs et connexes.

Envie de participer au débat ?

La première table ronde « Economie sociale et culture : vers une nouvelle forme d’entrepreneuriat social » aura lieu à Bruxelles le 28 août prochain, dans le cadre du Brussels Creative Forum. Olivier Marquet, directeur de la Banque Triodos Belgique, comptera parmi les participants. La table ronde suivante est planifiée pour le 22 septembre au Mundaneum, à Mons, également en présence d’Olivier Marquet.
Pour s’inscrire gratuitement en ligne ou connaître les autres dates programmées en Wallonie, rendez-vous sur le site http://smartbe.be ou http://www.pourlasolidarite.eu.

 

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